SAINT-MARTIN-DE-BIENFAITE - LA CRESSONNIERE Un village en Normandie 8/ Histoire de 1939 à 2000 1/4 |
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Les commentaires entre crochets [...] sont de l'auteur. Le reste du texte provient des archives du Calvados ou de nombreux témoignages dont je remercie leurs auteurs. Aux Archives du Calvados : 587 EDT 23/5 et 23/6 ; 587 EDT 24/8 ; 587 EDT 25/2 ; 587 EDT 37/2 ; 2MI-DM 393 et 394 1939 [La vie continue au village, presque comme si rien de grave ne se préparait.] Considérant que l'interclasse de 11h30 à 13h est insuffisante aux élèves et aux maîtres pour prendre convenablement leur repas, le nouvel horaire d'après midi est fixé de 13h30 à 16h30. En Mai, l'organisation de la défense passive oblige d'établir la liste des capacités d'accueil des personnes en cas d'évacuation de la capitale et des régions menacées de bombardement ainsi que les locaux habitables et non habitables. En Juillet, Le maire invite M Fauquet à procéder à l'élagage de ses haies bordant les chemins vicinaux. La seconde guerre mondiale. Le 1er Septembre l'ordre de mobilisation générale est proclamé, les hommes partent rejoindre leur affectation. En Décembre le conseil municipal affirme sa sympathie aux mobilisés de la commune à l'occasion des étrennes en leur adressant un mandat de 20F. 1940 Depuis 1926 le recensement des chevaux pour une éventuelle réquisition militaire est tenu à jour. Le nom, le sexe, l'âge, la couleur de robe etc.. de nos amis équins répondant aux critères de sélection y sont mentionnés. Il n'y a pas de registre en 1941. Le dernier registre bilingue allemand/français, simplifié, sera établi en 1942. Voici la copie du registre de 1940. Le nombre réel de chevaux sur la commune est plus important que celui figurant sur le registre. Par exemple, les chevaux de la laiterie Lanquetot, des Percherons et des Bretons, n'y figurent pas.
Le conseil municipal se réunit en Mars pour régler les questions courantes. La prochaine réunion n'aura lieu qu'en Octobre. Juin. Le pont du chemin de fer sur le ruisseau de La Cressonnière est gardé, sur ordre de la préfecture, par une sentinelle sans arme, désignée parmi les habitants mâles de Bienfaite. Cette garde bizarre cessera un peu avant l'arrivée des Allemands. L'exode. Est-ce pour obéir aux ordres du gouvernement? Est-ce par crainte patriotique d'avoir à vivre sous le joug allemand? Peur légitimée par les biens mauvais souvenirs laissés par l'occupation allemande dans le nord de la France entre 1914 et 1918. Cédant à la panique ambiante, à la peur communicative, plusieurs familles Bienfaitoises partent en exode. Donnant l'exemple, Maurice Lanquetot abandonne sa mairie, son usine, et décide d'évacuer sa famille. Il met tous les camions disponibles de son entreprise à la disposition des habitants désirant fuir. Le convoi ainsi formé se dirige en un premier temps vers Isigny-sur-mer. C'est alors que l'ordre est donné par les autorités françaises, aux réfugiés originaires du Calvados, d'avoir à se diriger vers la Creuse! Avançant à petite vitesse sur des routes encombrées, dans une indescriptible pagaille, sans possibilité de trouver du carburant, les camions seront vites rattrapés et dépassés par les colonnes motorisées allemandes. La décision est prise alors de rentrer à Bienfaite. Certains camions seront mitraillés, il n'y aura pas de blessé. Le retour des familles évacuées s'échelonnera sur plusieurs semaines, très discrètement, au gré des fortunes du hasard et de la débrouillardise. [Cette panique, conséquence de l'effondrement militaire, montre que les Français n'étaient pas préparés à l'état de guerre. La population normande va se reprendre très rapidement, se montrer courageuse durant l'occupation et même héroïque durant la bataille de la libération.] André Ruffray de La Cressonnière, mobilisé de 27 ans, est tué le 8 juin devant Mailly-Rénal dans la Somme. Il était marié depuis huit mois seulement. Il repose au cimetière de La Cressonnière. Mercredi 18 Juin : "«Ils sont là". Un officier supérieur Allemand s'est présenté au château pour informer les propriétaires qu'ils devaient quitter les lieux à fin de les laisser à la disposition de la Wehrmacht, la réquisition étant effective dans quelques jours. M et Mme de Noinville étaient absents, lui mobilisé, Madame avait préféré ne pas rester seule pour l'arrivée des Allemands. Le château sera utilisé pour cantonner la troupe. Les officiers sont logés chez des particuliers mais prennent leurs repas au château avec leurs hommes. Le chalet Launay sera lui aussi réquisitionné. La famille de Noinville habitera durant la durée de la guerre dans une petite maison faisant partie des dépendances du château. La Wehrmacht, l'armée régulière, se maintiendra à Bienfaite jusqu'en Août 44 quasiment sans interruption. Occupation pesante pour un petit village, mais peut être évitera-t-elle d'avoir à subir d'autres corps d'armes de plus sinistre réputation. Elle explique aussi que les Normands seront, en grande majorité, plus "anglophiles" que "vichyssois". Bienfaite à l'heure allemande. Dès le 27 Juin à midi précis il faut avancer les horloges d'une heure. Même l'heure officielle devient allemande. (L'heure allemande avait donc deux heures d'avance sur le soleil, comme notre actuel horaire d'hiver.) Ces messieurs fixent le cours du change : 1 reichsmark = 20 francs. Beaucoup d'officiers possèdent un cheval et réquisitionnent fourrage et pâtures pour leurs montures. L'envahissement de la commune inaugure une cohabitation forcée de quatre années. Ce qui frappe d'emblée c'est la tenue et la discipline allemande : "- Les soldats saluaient les officiers! ". Quel contraste au débraillé des soldats Français en déroute. Pour des Normands qui, traditionnellement, aiment l'ordre, la propreté, la comparaison est douloureusement ressentie. Chez ceux qui ont hébergé des officiers les mots "correct, poli" reviennent sans cesse. " - Il retirait ses bottes avant de monter à l'étage". "- Ho! Pas tous! " On ne les aime pas "les boches". On les détestait d'autant plus qu’on était obligé de les tolérer. Dans leurs rapports inévitables avec l'occupant, les Bienfaitois, s'ils doivent s'incliner devant la force, ne vont pas pour autant s'abaisser. Ils emploient une expression qui revient souvent : "On ne leur avait pas demandé de venir". Elle explique bien, dans ces circonstances, la cause de la distance souriante et polie que les calmes Normands savent si bien utiliser à bon escient, quand quelque chose ne leur plaît pas. Cette paisible population, travailleuse avant tout (la laiterie Lanquetot fonctionne 24h sur 24, 365 jours par an), va imposer le respect. De fait, on ne pourra citer à son encontre aucun acte de maltraitance des autorités militaires occupantes de Bienfaite. La vie continue. Pour pallier au manque de carburant automobile, les camions Lanquetot de ramassage du lait sont équipés de gazogène à bois. Octobre. Les fournitures scolaires ont subi une hausse très importante. L'aide aux élèves indigents est portée de 5 à 7F par mois et par élève. Par suite de la pénurie de charbon, le bois de chauffage a lui aussi subi une hausse importante. Les crédits prévus pour l'entretient des bâtiments sont affectés à ces dépenses nouvelles. M le comte de Noinville offre un terrain de jeux dans ses bois de Pasbées au lieu dit la clairière. En Décembre s'organise "Le bol de lait". Un local est affecté à cet effet et servira en même temps de réfectoire à la cantine de l'école. Par circulaire préfectorale, la commune est taxée et doit effectuer un don de 455F (1F par habitant) destiné au "Secours aux populations civiles". 1941 Le maire donne un avis favorable au rattachement de Bienfaite à l'abattoir d'Orbec. Depuis le recensement d'août 1940, la mise en application des cartes d'alimentation provoque un surcroît de travail qui incombe aux maires depuis l'armistice (elles existeront jusqu'en 1948). L'indemnité du secrétaire de mairie est revue à la hausse. Les épouses de prisonnier qui le désiraient ont trouvé un emploi à la laiterie : "Monsieur Maurice (Lanquetot) n'aurait pas laissé une famille sans ressource". L'implantation allemande à Bienfaite est importante. Le château devient Quartier Général où travaillent plusieurs officiers supérieurs. Il tient lieu de Kommandantur. Devant la grille d'entrée, la sentinelle dans sa guérite aux chevrons aux trois couleurs noir, sang et or. Tous ceux qui ont monté une garde savent qu'une faction de deux heures c'est long! A quoi pense-t-elle cette sentinelle placée à vingt mètres du monument aux morts de 14/18? Songe-t-elle que la guerre se termine souvent bien mal pour les simples soldats? L'occupant est affublé de sobriquets divers. Les feldgendarmes qui portent un collier métallique ont comme surnom "vaches primées". Les jeunes recrues de la Wehrmacht sont à l'entraînement : exercices, marches, manœuvres variées dans les champs ou dans les bois. Elles partiront en Avril vers une "destination inconnue" [probablement vers le futur front russe]. Décembre. Répartition des pommes de terre : Vu la circulaire préfectorale abattant de 20% le nombre d'ayant droits, le maire établit le tableau de 35 cartes de ravitaillement à supprimer. Les difficultés d'approvisionnement en nourriture ne feront que s'aggraver. Une autre circulaire préfectorale fait obligation, dans chaque commune, de créer un "Comité consultatif local d'éducation générale et sportive", se réunissant par trimestre. 1942 Changement de maire. Février. Le conseil municipal "adresse à M Lanquetot Maurice l'hommage de sa profonde sympathie, lui conserve toute son estime et lui manifeste ses vifs regrets de le voir quitter ses fonctions qu'il exerce avec tant de compétence depuis 35 ans". Etat Français Préfecture du Calvados, le préfet Vu l'article 5 de la Loi du 16 novembre 1940 relatif au pouvoir de substitution de l'autorité supérieure. Vu l'arrêté du 5 janvier 1942 de M le Ministre de L'Intérieur régissant [?] M Lanquetot Maurice de ses fonctions de maire de Bienfaite. Vu en date du 21 janvier 1942 la démission de l'intéressé. Vu la proposition du préfet de Lisieux; Arrête Article 1er. M Louée Marcel, actuellement adjoint est désigné en qualité de délégué pour remplir les fonctions de maire.... Fait à Caen le 2 novembre 1942. [Le cumul de fonctions, maire et chef d'entreprise, devient difficile pour M Lanquetot. En tant que maire il est représentant et exécutant d'une administration préfectorale de plus en plus directive. En tant que chef d'entreprise fournisseur de produits alimentaires, il subit les pressions de cette administration. Devant la pénurie croissante de tout ravitaillement les solliciteurs sont de plus en plus pressant, y compris et surtout l'occupant. Pour éviter une accusation de partialité et en redevenant seulement entrepreneur, M Lanquetot coupe tout lien avec "la politique". Les services officiels du ravitaillement sont considérés comme responsable de la diminution des rations. Les cultivateurs sont également la cible des citadins : on les accuse de vendre leur production aux trafiquants du marché noir ou aux soldats allemands. On s’en prend aux parisiens qui viennent s’approvisionner dans la région, accusés de faire monter les prix.] Mars. La loi du 23 novembre 1940 oblige les communes à aménager un terrain de sport. [C'est l'application du thème vichyste de la régénération de la nation par l'exercice physique.] Le coût en est évalué à 74.550F dont 80% à la charge de l'état. Cette participation diminuera ensuite à 60%. A ces conditions, les finances de Bienfaite ne peuvent subvenir à une telle dépense. Considérant qu'il y a lieu de reprendre la tradition de récompense de l'élève en fin d'année scolaire, le conseil décide de l'octroi d'un livret de caisse d'épargne, ce qui aura l'avantage d'initier l'enfant à placer les petites sommes qu'il reçoit régulièrement. Juillet. Le service du travail obligatoire (STO) s'applique à tous les jeunes Bienfaitois de la classe 42 qui sont convoqués à Caen pour recensement et recevoir leur affectation en Allemagne. Plus tard, les jeunes des classes 43, 41,40, travaillant dans l'agriculture ou dans les fromageries, seront dispensés du STO. Suite à deux sabotages meurtriers commis par un groupe "Front National" (communiste) sur le train de permissionnaires Cherbourg - Maastricht, les Allemands font garder la voie ferrée par des civils Français réquisitionnés. Cette garde durera plusieurs semaines. Des habitants de Bienfaite y participeront à Saint-Mards-de-Fresne. Ce type d'attentat terroriste, véritables assassinats, dont on ne perçoit pas les effets sur la machine de guerre ennemie, est désapprouvé par la population normande. 1943 Roger Lanquetot, mobilisé comme officier, a été fait prisonnier. Il sera libéré en 1943 en sa qualité d'ingénieur agronome. [Officiellement l'ennemi se préoccupait de voir la production agricole française péricliter.] Roger Lanquetot est Lieutenant de louveterie. C'est à ce titre qu'il organisera des chasses au gros gibier pour des officiers Allemands auxquelles participent des civils Français armés. Est-ce là la véritable raison de sa libération anticipée ? N'allons pas jusque là ! Ainsi, ces officiers se détournaient des ordres supérieurs de l'État-Major leur enjoignant de construire avec acharnement le mur de l'atlantique pour se livrer à leur loisir favori !
Le budget primitif est fixé à 106.950F. Le traitement du secrétaire de mairie passe à 12.000F. Un poste d'appariteur est créé.
6 Juin. L'intense activité aérienne, le bruit sourd de la canonnade, l'attitude des Allemands, donnent corps à la rumeur : "Cette fois ça y est!" (c'est le débarquement). Beaucoup sont persuadés que les Américains seront là dans deux à trois jours, une semaine au plus.
Le 13 juin Pierre Lefrançois est mortellement blessé par arme à feu. Faute de soins appropriés, l'hôpital de Lisieux est hors service après les bombardements du six au soir qui feront des milliers de victimes, il décédera trois jours après dans d'horribles souffrances. Pierre Lefrançois faisait partie du réseau Jean-Marie Buckmaster. Le réseau est en pleine activité depuis le débarquement du six. C'est au cours d'une opération pour la résistance qu'il sera blessé. On ne connaît pas les circonstances exactes des faits.
Le six Juillet l'aviateur Anglais Robert Blair est tué au dessus de La Cressonnière où il est enterré le lendemain. (voir récit).
Au lieu dit Saint-Maur, en Août 44, les cours plantées de pommiers serviront à dissimuler une compagnie de la Wehrmacht. Cette unité, composée de réservistes de plus de 50 ans et de jeunes garçons de 16 ans (certains, terrorisés, pleuraient "mama"), partait le soir dans 14 camions et revenait se dissimuler à l'aube. Ce va et vient durera quelques jours. Un matin, seulement 3 camions revinrent : "Kamerads kaputts". Les survivants rassemblèrent le matériel et quittèrent Saint-Maur dans la journée.
R.C.A. - Artillerie royale canadienne (Royal Canadian Artillerie) R.C.A.M.C. - Corps de santé royal de l'Armée canadienne (Royal Canadian Army Medical Corps) R.C.A.S.C. - Corps royal d'intendance de l'Armée canadienne (Royal Canadian Army Service Corps) R.C.C.S. - Corps royal des transmissions de l'Armée canadienne (Royal Canadian Corps of Signals) R.C.E. - Corps royal du Génie royal de l'Armée canadienne (Royal Canadian Engineers) R.C.E.M.E. - Service technique de l'électricité et de la mécanique (Royal Canadian Electrical and Mechanical Engineers) R.C.O.C. - Corps royal des magasins militaires de l'Armée canadienne (Royal Canadian Ordnance Corps) Pour plus de détails, consulter le site du Mémorial Canadien Juno Beach de Courseulles-sur-Mer. Le Jeudi 24 Août et durant plusieurs jours, des convois canadiens, blindés, camions, véhicules divers chargés d'un abondant fourniment, (voir la liste ci-dessus), traversèrent Bienfaite, arrivant par la route de Fervaques ou de La-Cressonnière, en direction de l'estuaire de la Seine et Rouen. Leur objectif : Dieppe, pour venger leurs camarades morts lors du débarquement manqué de 1942. Les Canadiens, surtout les Québecquois, sont accueillis chaleureusement mais sobrement. On n'observera pas à Bienfaite les scènes de liesse exubérantes filmées à Paris par les "actualités cinématographiques". L'humiliation de la défaite et de l'occupation est encore vive, il y a trop de morts, trop de destructions pour être vraiment joyeux. Des soldats Canadiens dîneront dans des familles Bienfaitoises. On offre du cidre et parfois du calva, soigneusement dissimulé à l'occupant, les Canadiens en raffolent. Eux offrent les cadeaux rituels, chocolats et cigarettes américaines et en plus un trésor inestimable : la liberté retouvée. Le 29 Août ce sont les blindés de la division polonaise du général Maczek qui traversent Bienfaite. Une logistique remarquable. Avant les durs combats de la poche de Chambois, c'était seize mille hommes, trois cent quatre vingt chars lourds, quatre cent pièces d'artillerie et quatre mille véhicules divers. Les véhicules à pneus de cette division empruntent les routes goudronnées par Orbec. Les engins chenillés utilisent les chemins de terre pour préserver leurs chenilles. Après avoir traversés Bienfaite, arrivant par la route de Fervaques, ils tournent à gauche en direction de Lisieux puis à droite vers Courtonne, puis à droite par la Croix de Fer avant de rejoindre St-Germain-la-Campagne. Le village reprenait espoir mais la guerre n'était pas terminée. Les pensées des familles allaient vers nos prisonniers. Bienfaite a été épargnée par les plus dures batailles qui se sont terminées dans la poche de Falaise à Trun - Chambois, à une bonne trentaine de kilomètres de là. C'est une chance d'avoir évité l'évacuation des habitants et les destructions matérielles massives, même si le château s'est trouvé dégradé par l'occupation : parquets brûlés, coups de fusils dans les murs, mobilier volé. - " Ces pertes matérielles ne sont rien. Il y eu d'autres pertes que l'argent ne peut réparer : c'est la mort de quatre enfants de la commune, tombés victimes de cette guerre désastreuse. Pour ceux-là, l'on ne pouvait donner qu'un souvenir, l'on ne pouvait que prier pour eux." Cette citation de M Delamarre, maire de Bienfaite, à la fin de la guerre de 1870, peut hélas être reprise mots pour mots en 1944. Certains se crurent obligés de régler quelques comptes. Ils le firent, semble-t-il, dans l'assentiment général. Deux (ou trois?) femmes convaincues de relations sexuelles avec les Allemands furent marquées (tondues) en public devant le monument aux morts. Deux de ces dames, dont une épouse de prisonnier, tenaient un café qui était devenu rapidement le lieu de détente préféré des soldats de la garnison de Bienfaite. De nombreuses mamans ont emmenés leurs enfants à ce spectacle pour les édifier sur les châtiments qui attendaient les mauvais sujets. En Novembre le nouveau Préfet de la République Française maintiendra les conseillers sortants et en désignera des nouveaux pour compléter le conseil municipal provisoire. Le maire, Marcel Louée, qui n'a pas démérité dans sa tâche difficile, est maintenu à son poste. 1945 Le 24 Janvier se réunit le premier conseil municipal "libre". C'est une séance d'organisation ou les commissions suivantes sont formées : listes électorales, réclamations, travaux et hygiène, questions scolaires, commission paritaire bailleurs/fermiers. Le conseil, considérant que les enfants de l'école ont offert spontanément, dans un geste qui leur fit honneur, le montant de leur récompense que les événements militaires avaient empêché de leur remettre en fin d'année scolaire. Il ratifie cette décision et décide de mandater au nom du Président du "Comité d'assistance aux prisonniers de Bienfaite" les 2.000F attachés comme livret de caisse d'épargne pour l'année scolaire 1943/1944. Mars. Le Conseil décide d'attribuer à chaque prisonnier ou requis, une somme de 1.000F qui leur sera versée à leur retour. Un crédit de 27.000F est inscrit à cet effet. Pour préparer les élections municipales le conseil sortant "...décide de remettre entre les mains des électeurs un bulletin de vote conforme. Il décide de faire une liste comportant le nom des conseillers sortant en laissant en blanc la place de M Ledos. Il présente à Marcel Louée ses regrets de sa décision irrévocable de ne pas se présenter au scrutin". Après l'élection du nouveau maire, Gustave Ruffray, agriculteur et ancien combattant de la Grande Guerre, le budget primitif 1945 est fixé à 130.269F. Avril à Juin. Moments de grande émotion avec le retour des prisonniers de guerre (PG) accueillis par le maire et le curé. Le retour fut rude : il pesait sur eux la défaite de 1940. Ils découvraient une France qui avait bien changée depuis leur départ. De bonnes ou de mauvaises surprises les attendaient. L'un d'entre eux découvrit que durant son absence sa famille s'était agrandie d'un enfant de déjà deux ans. Homme bon, ce PG l'embrassa et lui fera d'autres frères et sœurs. Guy Gérard, cultivateur à la Cressonnière, rentrant de captivité le 16 juin, apprenait que son épouse "entretenait des relations coupables avec un nommé Maurice Leroy. Il lui en fit le reproche. Le lendemain la femme disparut en emportant tout l'argent et du linge. Elle avait également détourné une grosse partie du cheptel." Les PG se sont réinsérés sans trop de difficultés, et surtout sans bruit, en essayant d'oublier ces cinq années de leur jeunesse perdues. Fêté dans la paix et la joie de la liberté recouvrée, le 14 Juillet 1945 restera gravé dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette époque. Le drapeau tricolore, interdit par l'occupant pendant quatre ans, flotte partout, sur toutes les maisons, dans les rues. En plus du bal populaire, pour respecter une antique tradition, la petite tribu gallo-normande bienfaitoise se retrouve autour d'un grand banquet dont la carte "au dessus de tout éloge" a fait l'unanimité. Dans le journal Lisieux-Liberté du 24 Août, les bouilleurs de cru sont en ébullition : ils réclament l'abolition des réglementations de Vichy restreignant la production. Un autre article préconise la suppression des mares accusées, à juste titre il est vrai, de transmettre au bétail des maladies parasitaires. "La suppression des mares est au premier plan du progrès à réaliser en Pays d'Auge". Ce conseil ne sera hélas que trop suivi. Le Lexovien-Libre du 31 Août signale des vols répétés de carburant dans les magasins de la fromagerie Lanquetot. "Ces jours derniers ce sont 44 litres d'essence et 10 litres d'huiles qui ont disparus." 24 Octobre 1945 [Le gouvernement provisoire formé par De Gaulle dès le 3 juin 1944 s’est installé à Paris le 26 août. C’est un gouvernement non élu, qui gouverne par ordonnances et qui comprend toutes les tendances politiques de la Résistance. Les électeurs doivent répondre à deux questions : - souhaitent-ils, oui ou non, élire une assemblée constituante chargée d'élaborer une nouvelle constitution ? Si la réponse est non il y a maintien de la Constitution de 1875 et donc de la IIIème République - si la réponse est oui, souhaitent-ils que les pouvoirs de l'Assemblée constituante soit limités ? (sept mois pour faire une constitution qui sera soumise à référendum). Le général de Gaulle, Chef du GPRF, demande de voter oui-oui, le PCF demande un oui-non, la SFIO et le MRP demandent un oui-oui, les radicaux et la droite un non-oui. Les résultats du référendum du 21 octobre 1945 sont favorables au oui-oui Les femmes ont voté pour la première fois à ces élections.]
Référendum - Résultats de Bienfaite
Novembre. Le maire envisage la construction d'une salle des fêtes et prévoit l'arbre de Noël.Inscrits 318 Votants 247 Nuls 5 première question : exprimés 231 - Oui 216 Non 15 deuxième question : exprimés 231 - Oui 164 Non 67 Election des Représentants à l'Assemblée. Inscrits 318 Votants 247 Exprimés 242 liste socialiste 29 liste républicaine radicale 28 mouvement républicain populaire 97 (M Louvel Jean) liste communiste 50 liste concorde républicaine 38 (M Laniel Joseph) La vie va pouvoir reprendre son cours normal. Page suivante 2/4 1946 - 1972 Retour Bienfaite de 1939 à 2000
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